Haïti: Que sait-on des personnes arrêtées après l’assassinat de Jovenel Moïse?

Haïti reste sous le choc après le violent assassinat de son président, Jovenel Moïse, il y a deux jours à peine, en pleine crise politique et de gouvernance que traversait déjà le pays
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Haïti reste sous le choc après le violent assassinat de son président, Jovenel Moïse, il y a deux jours à peine, en pleine crise politique et de gouvernance que traversait déjà le pays. Les autorités ont redoublé d’efforts pour trouver les responsables de cet assassinat, qui a eu lieu dans sa résidence privée aux premières heures de la matinée de mercredi, où il a été criblé de douze balles.

Ces derniers jours, on a appris que l’action impliquait la participation d’un commando armé de 28 hommes étrangers. Les enquêtes sur cette découverte, qui implique des citoyens américains et colombiens, ont permis d’éclaircir certaines des pièces nécessaires pour connaître les raisons d’une attaque menée avec ressources, planification et fureur, selon un reportage de la journaliste Natali Gómez pour RT.

Cependant, des faits importants restent inconnus : Qui sont les commanditaires ? Pourquoi le dispositif de sécurité présidentiel a-t-il échoué ? Quels sont les intérêts derrière cet assassinat ? Que cherche-t-il à générer en Haïti et dans la région ? Jusqu’à présent, c’est ce qu’ont révélé la Police Nationale Haïtienne et les médias haïtiens et colombiens :

Combien de personnes ont été impliquées dans l’attaque en Haïti ?

Le directeur général de la Police Nationale Haïtienne, Léon Charles, a déclaré lors d’une conférence de presse jeudi soir que le commando armé était composé de 28 personnes, dont 26 colombiens et deux haïtiens-américains.

Parmi eux, et après deux jours de poursuite, la Police a arrêté 17 hommes (15 de nationalité colombienne et les deux Américains d’origine haïtienne).

Selon les chiffres fournis par la Police, trois autres personnes ont été tuées au cours des affrontements avec les autorités, dont deux Colombiens, alors qu’auparavant le premier ministre intérimaire de ce pays, Claude Joseph, avait déclaré qu’il y avait quatre morts.

Dans une rue de Pétion-Ville, un quartier aisé de Port-au-Prince, les corps de deux Colombiens présumés membres du commando armé ont été retrouvés. Il s’agit de Mauricio Javier Romeo Medina et Duberney Capador Giraldo, selon le juge de paix adjoint Clément Noël.

Un autre corps non identifié a été retrouvé dans une autre rue de la même commune. Le participant présumé à l’attaque a grimpé, blessé, sur le toit d’une maison où il s’est vidé de son sang, selon le juge Fidélito Dieudonné.

La police est toujours à la recherche des autres membres du commando.

Qui sont les détenus américains ?

Les deux haïtiens-américains sont James Solages et Joseph Vincent. Tous deux ont déclaré aux autorités qu’ils étaient des traducteurs pour les détenus colombiens.

Solages aurait travaillé comme agent de sécurité pour les figures de l’opposition Reginald Boulos, un homme d’affaires lié aux coups d’État de 1991 et 2004, et Dimitri Vorbe, vice-président de la principale compagnie d’électricité du pays. Ce dernier, selon le Haitian Times, le président avait insinué qu’il pourrait être à l’origine des actions de coup d’état contre lui.

Solages a déclaré qu’il était en Haïti depuis un mois et qu’il vivait à Pétion-Ville, la commune du sud de la capitale où se trouve également la rue Pelerin, le site de la résidence privée de Moïse où il a été assassiné.

Pour sa part, Joseph était en Haïti depuis six mois. Il vivait à Frères, également à Port-au-Prince.

Interrogé par les autorités sur l’identité du payeur de la mission, M. Solages a répondu qu’il avait «trouvé ce job sur Internet», selon Noël, qui, sans développer, a ajouté que les deux détenus ont déclaré que la «mission» qu’ils avaient «était d’arrêter le président, dans le cadre de l’exécution d’un ordre d’un juge d’instruction, et non de le tuer», rapporte Le Nouvelliste.

Que va faire Washington en Haïti ?

Les États-Unis vont envoyer des hauts fonctionnaires du FBI et du Ministère de la Sécurité Intérieure pour «soutenir le peuple haïtien à la suite de l’assassinat du président», en réponse à une demande du pays des Caraïbes, a déclaré vendredi le porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki.

Que sait-on des Colombiens ?

Le Directeur Général de la Police Nationale, le général Jorge Luis Vargas Valencia, a déclaré vendredi qu’ils ont reçu des demandes d’informations sur 15 anciens militaires colombiens emprisonnés.

Les médias colombiens ont rapporté les noms de certains des détenus. Il s’agit de Alejandro Girardo Zapata, John Jairo Ramirez Gomez, Victor Albeiro Pinera Cardona, Manuel Antonio Grosso Guarin et Francisco Eladio Uribe Ochoa.

Grosso Guarín, 41 ans, serait arrivé à Punta Cana en République Dominicaine le vendredi 4 juin et deux jours plus tard en Haïti, rapporte El Tiempo. Des images de lui dans les zones touristiques dominicaines ont circulé sur les médias sociaux. On sait également que jusqu’en 2019, il était l’un des soldats les mieux entraînés de l’Armée Colombienne.

Parallèlement, Uribe Ochoa, un autre ancien membre de l’Armée Colombienne, a été soumis en 2019 à la Juridiction Spéciale pour la Paix (JEP), un mécanisme de justice transitionnelle apparu après la signature des accords de paix. Ochoa était accusé du meurtre de Luis Carlos Cárdenas, présenté comme un extorqueur présumé lors d’une opération de sécurité à Yarumal, Antioquia, en 2008, qui aurait été une opération de ‘faux positifs’ ou d’exécutions extrajudiciaires de civils par des agents de l’État.

Qu’a dit le gouvernement colombien ?

Les autorités colombiennes ont révélé vendredi que les auteurs présumés de l’assassinat du président haïtien ont été mobilisés sur deux vols. En outre, quatre sociétés qui seraient liées au recrutement des soldats retraités font l’objet d’une enquête.

Auparavant, le Ministre colombien de la défense, Diego Molano, a déclaré dans un communiqué qu’Interpol avait demandé au Gouvernement des informations sur les auteurs présumés. Il a admis que certains d’entre eux sont des membres retraités de l’Armée colombienne, raison pour laquelle il a demandé aux militaires et aux Policiers de « coopérer pleinement à l’élucidation de l’assassinat du président ».

Que reste-t-il à clarifier ?

Bien que l’enquête sur l’opération armée qui a coûté la vie à Moïse soit toujours en cours, certains doutes attendent d’être éclaircis par les autorités.

La première est de savoir qui a ordonné l’assassinat. La police a reconnu qu’elle avait déjà les auteurs matériels «en main», mais qu’elle était toujours à la recherche des cerveaux.

Une autre est de savoir pourquoi le plan de sécurité du président a échoué. Pour cette raison, le parquet de Port-au-Prince a convoqué à témoigner les responsables de sa vie, dont Dimitri Hérard et les deux chefs d’équipe, Jean Laguel Civil, qui doivent comparaître les 13 et 14 juillet.

La Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) sera chargée d’interroger tous les agents de sécurité proches du président, a déclaré Bed-Ford Claude, commissaire du gouvernement de Port-au-Prince.

Qu’est-ce que Taïwan a à voir avec les mercenaires en Haïti ?

L’Ambassade de Taïwan a confirmé dans un communiqué que onze des auteurs présumés de l’assassinat du président ont été arrêtés dans l’enceinte de la mission diplomatique où ils s’étaient réfugiés. On ne sait pas encore s’ils font partie du groupe des 17 détenus.

Les citoyens sont invités à ne pas se faire justice eux-mêmes.

Le directeur de la Police a demandé à la population haïtienne, qui a activement participé à la recherche des responsables présumés de l’assassinat, de ne pas se faire justice elle-même et d’aider les autorités dans leurs recherches.

Ces déclarations sont intervenues après les appels au lynchage lancés par certains groupes devant le commissariat de police, dans le contexte de l’émoi suscité par ces événements dans le pays des Caraïbes.

Dans une vidéo qui a circulé sur les réseaux, l’une des personnes capturées, qui est apparemment colombienne, se dit au milieu d’un groupe de personnes faisant du trafic de drogue.

Quelles ont été les conclusions ?

Dans un véhicule qui a été utilisé par les attaquants ont été trouvés :

·         Cinq armes à feu, dont deux pistolets de 9 millimètres et des cartouches de 5,56 millimètres.

·         Le serveur de la caméra de surveillance de la maison du président.

·         Un chéquier appartenant au président.

·         Deux douzaines de sacs, des haches, des pinces coupantes, des vêtements et de la nourriture.

·         Un gilet pare-balles.

·         Deux plaques d’immatriculation de véhicules loués et le contrat de location d’un véhicule effectué le 6 juillet.

·         Les téléphones portables.

·         Environ 40.000 dollars en liquide.


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