Le choléra a envahi Haïti il y a 10 ans : les gens réclament justice et réparation à l’ONU

Ce 21 octobre a marqué le dixième anniversaire du début de l’épidémie de choléra causée par les Nations Unies (ONU) en Haïti
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Ce 21 octobre a marqué le dixième anniversaire du début de l’épidémie de choléra causée par les Nations Unies (ONU) en Haïti. La tragédie est survenue lorsqu’un contingent de soldats infectés par la maladie bactérienne est entré dans l’île des Caraïbes.

Le contingent était issu de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation d’Haïti (MINUSTAH). Il est entré dans le pays des Caraïbes pour la première fois le 1er juin 2004, soi-disant dans le cadre d’une mission de paix. Cependant, elle est toujours en place mais a changé de nom pour devenir la Mission des Nations unies d’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH).

La MINUSTAH a été créée par le Conseil de sécurité des Nations Unies après l’intervention militaire et le coup d’État de février 2004. Cette intervention a remplacé le président Jean-Bertrand Aristide par Boniface Alexandre.

Après l’imposition du régime de facto, Alexandre a demandé à l’ONU une «force de paix provisoire», à laquelle la MINUSTAH a succédé quelques mois plus tard. En 2017, la «Mission» a pris fin, son nom a été changé en MINUJUSTH et on compte actuellement 4.900 agents en uniforme, dont des casques bleus et des policiers.

Depuis lors, d’innombrables crimes contre l’humanité et abus sexuels ont été commis par les soldats de la paix des Nations Unies en Haïti entre 2004 et 2017. Cette fois, cependant, la question porte spécifiquement sur la responsabilité de l’agence dans l’apparition de la pire épidémie de choléra sur l’île.

Cette semaine, plusieurs organisations, dont la Plateforme de Défense Haïtienne pour un Développement Alternatif (Papda), se sont réunies à Port-au-Prince. Ils ont organisé un tribunal populaire pour juger les crimes de la MINUSTAH.

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Le Tribunal populaire cherche à obtenir justice

Des représentants d’organisations de la société civile et de mouvements sociaux sont présents dans ce tribunal populaire. On vise également à demander justice et réparation pour les victimes du choléra.

Cet organisme est composé d’avocats et d’experts en droits de l’homme et s’efforce de veiller à ce que les victimes du choléra obtiennent justice. Ils poursuivent ces objectifs même 10 ans après l’apparition du choléra dans la ville d’Artibonite, à cause du contingent de la MINUSTAH qui est arrivé du Népal.

L’événement, qui s’est tenu le mardi 20 octobre, a réuni les conseils d’avocats représentant l’ONU et les victimes. Tous sont là pour témoigner, ainsi que des témoins et des experts scientifiques, a expliqué Camille Chalmers, directeur exécutif de la Papda, lors d’une conférence de presse.

Le Tribunal est destiné à devenir un nouvel outil de mobilisation pour intensifier la lutte et offrir plus d’opportunités. Ainsi, ils veulent que les victimes obtiennent réparation.

«Le Tribunal populaire de Port-au-Prince devrait ouvrir la voie à d’autres tribunaux populaires internationaux pour juger les crimes de l’ONU en Haïti. En particulier celui du choléra», cite un document.

Réparations pour les victimes du choléra

Selon les données officielles, le choléra a officiellement tué quelque 10.000 personnes et en a infecté 800.000 en Haïti. Les organisateurs du tribunal comptent environ 30 000 morts, sans parler des dommages considérables causés à l’économie du pays. Tout cela a entraîné une réduction de la production de riz dans le département de l’Artibonite.

«Il doit y avoir des réparations individuelles pour tous les parents des morts, pour les communautés et pour le pays pour les dommages économiques subis. Les conditions doivent être créées pour éviter ce scandale, comme par exemple assurer l’accès à l’eau potable pour toute la population», a déclaré Patrice Florvilus. Il est directeur du cabinet d’avocats spécialisé dans le contentieux stratégique des droits de l’homme (Calsdh), l’un des initiateurs du Tribunal Populaire.

«Ce tribunal populaire remplacera le tribunal formel. Comme la justice formelle, dans le système actuel, n’a pas donné de résultats, nous frappons à la porte de la justice des gens. Tout est d’une grande importance pour nous, car le cas du choléra dépasse le cadre de la justice formelle», a-t-il ajouté.

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Haïti exige des réparations de la part de l’ONU

«Lorsque la justice formelle échoue dans sa mission, le peuple à son mot à dire», a souligné Florvilus, qui juge irrespectueux que l’ONU n’ait pas encore réparé les dommages qu’elle a causés.

En ce sens, il a déclaré qu’ils prendront des mesures au niveau international. Il a également annoncé que le cabinet d’avocats spécialisé dans le contentieux stratégique des droits de l’homme déplore lui aussi l’attitude de l’ONU. À ce jour, l’agence n’assume toujours pas ses responsabilités civiles dans le cas du choléra en Haïti.

«Sous prétexte de compensation collective, dans le cadre de faux projets, l’ONU a dépensé, par l’intermédiaire du Bureau des Services d’Appui aux Projets des Nations Unies (Unops), environ 150.000 dollars pour les sections municipales. Cela inclut quatre à Mirebalais pour construire de petits marchés, dans le contexte du choléra», a dénoncé Vilner Benjamin, coordinateur de l’Asosyasyon viktim kolera kafou (Asovik).

Cet argent a été utilisé pour des projets pilotes visant à établir de petits marchés publics. Cependant, il devrait être orienté vers des systèmes qui envisagent réellement d’aider les victimes, dans le cadre d’opérations d’indemnisation, suggère Benjamin.

En ce sens, il a souligné que le Tribunal Populaire est l’initiative appropriée qui englobe la lutte de plusieurs organisations. Il s’agit notamment de la Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour le Développement Alternatif (Papda), de la Plateforme des Organisations Haïtiennes de Défense des Droits de l’Homme (Pohdh), du Cabinet d’Avocats et de juristes Spécialisés dans les Litiges Stratégiques Relatifs aux Droits de l’Homme (Calsdh), du Réseau National pour la Défense des Droits de l’Homme (Rnddh), de la Commission Épiscopale (catholique romaine), de Justice et Paix (Ce-Jilap) et de l’organisation Konbit fanm Saj.

Le lundi 19 octobre, en mémoire des victimes du choléra, une messe commémorative a été organisée, suivie d’une marche pacifique, à Mirebalais, département central du Plateau. C’est là que les premiers cas d’infection au choléra ont été identifiés en octobre 2010.

L’ONU a d’abord nié la responsabilité de l’introduction du choléra en Haïti. Cependant, l’ancien Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, de Corée du Sud, a reconnu plus tard que l’agence avait «une responsabilité morale».

ONU aceptó su responsabilidad por epidemia de cólera en Haití | La tinta

Soutien international

Pour sa part, l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique (ALBA) a publié une déclaration pour soutenir la lutte de la communauté haïtienne.

Le texte diffusé avec la déclaration «Justice et réparation pour Haïti. 10 ans de Choléra », indique qu’ils rejoignent le Tribunal Populaire contre les crimes de la MINUSTAH en Haïti.

«Les peuples du monde ne peuvent que condamner fermement l’ONU et tous les pays qui ont constitué la coalition militaire internationale en Haïti. La MINUSTAH n’a apporté que de la misère au peuple haïtien, c’était un outil pour légitimer la dernière étape de pillage contre le peuple».

«MINUSTAH signifiait aussi le maintien des gouvernements fantoches qui ont suivi le renversement de Jean Bertrand Aristide. Aujourd’hui, nous appelons tous les coins du continent à condamner les crimes commis par cette tristement célèbre coalition, qui a notamment apporté le choléra en Haïti», ajoute la déclaration.

Il indique également qu’à partir de l’ALBA «nous joignons nos efforts à ceux du peuple haïtien pour juger tous les crimes de cette force militaire (…) et de son véritable architecte, qui n’a su qu’accabler notre continent de misère : le tristement célèbre gouvernement des États-Unis».

«Enfin, nous appelons à la cessation définitive de toute forme d’ingérence en Haïti. Aujourd’hui, la MINUJUST est la continuation de la MINUSTAH et les peuples du monde disent que c’en est assez. Nous ne le tolérons pas, tout comme nous ne tolérerons pas d’autres abus contre le peuple héroïque de Toussaint et Dessalines. Nous demandons la création de tribunaux populaires dans tous les pays comme point de départ d’un programme de relations avec le peuple haïtien. Vive le peuple haïtien, À bas la MINUSTAH. Sortez avec MINUJUST. Réparations pour le peuple du Haïti».

L’Uruguay avec Haïti

Un message a également été envoyé depuis l’Uruguay par l’intermédiaire du Coordinateur pour le Retrait des Troupes d’Haïti et pour la Défense de la Souveraineté. Ce mouvement a exprimé son intérêt à faire partie du Tribunal Populaire pour juger les crimes des 13 années d’occupation de la MINUSTAH.

«Nous soutenons le droit et le besoin de justice de chacune des victimes, et de la nation, de toute la société qui a été pillée, humiliée, dévastée et massacrée», ont-ils déclaré.

«La violation de ton droit à la souveraineté, sur la terre de tes ancêtres, des corps de tes femmes et de tes enfants, est un crime impardonnable qui ne peut être imputé qu’à la solidarité, l’amour et la foi de tout un peuple qui se bat, comme toi, pour une Ayiti Liv, (Haïti libre) définitivement heureuse», ajoutent-ils.

Ensuite, ils soulignent que les haïtiens «méritent ce qu’il y a de mieux, et ils l’obtiendront, car ils n’abandonnent jamais, ils ne baissent jamais les bras. Aucune arme ne peut tuer vos rêves de justice et de liberté».

«L’Ayiti est toujours à l’avant-garde, devant nous, les autres peuples d’Amérique Latine et des Caraïbes. Nous sommes avec vous. Coordinateur de la Retraite des Troupes du Haïti et de l’Uruguay».

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